Orphelin de Bernard Lobel, Président de la communauté Israélite de Rennes pendant plus de 2 décennies

Orphelin de Bernard Lobel, Président de la communauté Israélite de Rennes pendant plus de 2 décennies

Bernard Lobel, sous le ciel gris de ce novembre, vient de nous quitter. Choc brutal qui a plongé dans la tristesse et la consternation la communauté israélite de Rennes, ce centre Safra qu’il avait dirigé pendant plus de deux décennies et à qui il avait donné tout son éclat.

Il nous confiait dernièrement, en retraçant l’histoire de sa famille :

« Moi, Bernard Lobel, né le 28 septembre 1940, suis un enfant de la guerre. Conçu pendant la drôle de guerre, je naquis à Rouen sous l’occupation allemande. Mon père, Heinrich Lobel (dit Henri) et ma mère née Germaine Mandel, habitaient alors le Val-de-la-Haye, une petite bourgade nichée au creux d’une boucle de la Seine entre rivière et falaise. À 27 ans, j’épouse Évelyne Nussbaum et nous aurons le bonheur d’avoir deux enfants magnifiques. Élie-Didier naît le 11 octobre 1969 et Nathalie-Bella le 17 octobre 1972. »

Mais auparavant il fut un enfant caché, sauvé de la déportation — où succombèrent un grand  nombre des siens — grâce à deux enseignants de Cosne-sur-Loire dans la Nièvre, Jean et Odette Chevolot, qui le recueillirent et le protégèrent, et à qui l’Institut Yad Vashem de Jérusalem décernera le titre de Justes parmi les Nations. Et son épouse Évelyne fut tout  autant sauvée par la grâce d’une religieuse qui la cacha dans un orphelinat catholique et sut l’abriter des rafles assassines. Tous deux furent des rescapés de la Shoah et, pour cela, conscients plus que d’autres de la préservation de la mémoire juive, à laquelle tous deux se vouèrent. Avec une foi  immense et un dévouement admirable.

Bernard Lobel, fils d’un médecin d’origine roumaine (né à Focşani en Moldavie), Heinrich Löbel, installé à Rouen, réalisa l’ambition de son père, médecin de famille, en devenant un urologue de premier plan, chef du service d’urologie à l’hôpital Pontchaillou de Rennes — où il introduisit le premier lithotriteur qui venait à bout des calculs rénaux et des coliques néphrétiques — ; il fut, par ailleurs, souvent invité dans divers pays d’Amérique latine, dont la Colombie où il exerça, à maintes reprises, un rôle de formateur. Plus tard, il jouera un rôle déterminant dans la formation des  circonciseurs auprès de l’Association Française des Mohalim. Cet humaniste, professeur de médecine, fut membre actif du comité consultatif national d'éthique où il apporta ses sages et précieuses contributions. Également membre de l’AMIF (Association des Médecins Israélites de France), c’est à ce titre qu’il participa tout dernièrement au Congrès de Tel Aviv, le 30 mai 2019, sur le programme « Prise en charge médicale et sociale des survivants de la Shoah »  — un thème qui le concernait directement —, où il prononça le discours de clôture.

Il lutta inlassablement au sein de la cité pour faire de notre communauté un acteur et un partenaire de la vie civique, œuvrant  notamment au dialogue inter-religieux et l’on se souviendra de ces Kippour où, vers 18 heures, avant le service de la Ne’ila, les autorités religieuses de la ville, entre autres l’archevêque et l’imam de la mosquée, se pressaient pour entendre son discours, et le message qu’il délivrait était toujours celui de la concorde, de la paix, de l’échange et de l’amitié. De même était-il une cheville ouvrière auprès de la ville, du département, de la région, dont les représentants étaient toujours conviés et présents lors de nos diverses célébrations mémorieuses. Edmond Hervé, notre maire, récompensa son inlassable dévouement en le décorant de la Légion d’Honneur lors d’une émouvante cérémonie dans les salons de la Mairie, et qui marqua nos esprits. Bernard Lobel incarna pendant si longtemps l’âme juive de la capitale de Bretagne qu’il nous est apparu irremplaçable, et d’ailleurs jamais vraiment remplacé. Il marqua l’âge d’or du centre Edmond J. Safra, et aujourd’hui, dans la peine et la désolation, le kahal tout entier se sent orphelin.

Bernard, nous ne t’oublierons jamais. Baroukh Dayan HaEmet.

Bernard Lobel

Albert BENSOUSSAN - 18 Novembre 2019

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